Dernière maj le 06/12/2003

Organiser la décroissance


 

Un mythe inattaquable

Interrogations légitimes

Organiser la décroissance (ou inventer une autre forme de croissance pour les entreprises.)

Le concept de décroissance soutenable.

  

Un mythe inattaquable

L'économie capitaliste est entièrement basée sur la croissance. Le système boursier, les fonds de pension réclamaient, il y a encore peu, leur 15% de croissance annuelle aux entreprises. Le monde capitaliste semble croire qu'une croissance infinie est possible. Il faut vendre et produire toujours plus. Les entreprises doivent annoncer des objectifs toujours à la hausse, sous peine de voir les investissements boursiers se retirer massivement.

Cela a deux conséquences :

 

Interrogations légitimes

Notre terre, si elle est immense est par nature finie. Dès les années 60 des spécialistes de l'environnement comme Paul Ehrlich ou Garrett Hardin rappelaient que notre activité économique était dépendante des ressources finies et fragiles de la biosphère. Ils proclamaient que l'économie planétaire et son désir de croissance infinie était en train d'entamer le capital écologique avec une insouciance criminelle. Le "Club de Rome" (un regroupement d'hommes de bonne volonté, occupant des postes publics importants dans leur pays respectif et inquiet sur l'avenir de leur planète) a utilisé leur travaux dans un rapport intitulé "les limites de la croissance". Ce rapport a fait grand bruit lors de sa parution en 1973. Il concluait a un effondrement inévitable et immédiat si l'on ne changeait pas notre mode de développement. Comme la catastrophe immédiate annoncée ne s'est pas produit (quoique la notion d'immédait soit relative), on en a déduit, je ne sais pas au nom de quel raisonnement logique, qu'elle n'aurait jamais lieu et qu'on pouvait continuer à croitre éternellement.

Pourtant calculer en taux de croissance n'est pas soutenable. Pour illustrer ce que cela peut représenter sur un écosystème, calculons ce que pourrait donner en cinquante ans une croissance de population de 3%.

Ce taux de 3% est considéré comme modeste par de nombreux économistes et actionnaires, qui pensent que l'on doit faire beaucoup mieux. Pourtant un calcul en croissance appliqué à une population de 60Millions d'habitants donne le résultat ci dessous:

Année Population
2004 60 000 000
2010 71 643 138
2020 96 282 386
2030 129 395 476
2040 173 896 700
2050 233 702 623

Avec une croissance continue de 3%, une population passe, en moins de 50 ans, de 60 à 233 millions d'habitants. Parler en nombre d'habitants est éloquent, car tout un chacun peut bien se représenter combien la France serait engorgée de circulation, d'habitations, de déchets avec une telle population, combien également son gouvernement aurait des difficultés à pourvoir à ses besoins élémentaires. En bref on se rend aisément compte qu'un tel taux de croissance n'est pas durable.

Bien évidemment, calculer en taux de croissance pour la production industrielle a "grosso-modo" les mêmes conséquences. Une production industrielle en perpétuelle croissance, même si celle ci est considérée comme faible engendre rapidement (en 50 ans) une consommation de matière première et d'énergie difficilement soutenable.

Il n'est pourtant pas nécessaire d'être supérieurement intelligent comprendre qu'on ne pourra pas toujours plus exploiter les ressources de notre terre, devenir toujours plus nombreux, peser toujours plus sur l'environnement, sur la bio-diversité... Pourtant, aucun de nos responsables, chefs d'entreprise et hommes politiques ne semblent se rendre compte des effets pervers d'encourager une croissance éternelle du commerce et de la démographie.

Je suis persuadés que nous consommons aujourd'hui sans scrupules des ressources qui appartiennent aux générations futures et que pour enrichir ehontément quelques individus aujourd'hui, nous allons priver de futur nos descendances.

On peut donc légitimement s'interroger.

 

Organiser la décroissance (ou inventer une autre forme de croissance pour les entreprises.)

La citation, qui suit, de E.F Schumacher, célèbre militant écologiste Américain, introduit parfaitement le sujet.

"Si une économie à fort taux de croissance est nécessaire pour gagner la lutte de la pollution, alors que cette dernière apparaît comme la conséquence directe d'un fort taux de croissance, existe t'il un espoir de sortir de cet extraordinaire cercle vicieux?".

Il me paraît clair, quoique cela puisse coûter, qu'il faut absolument organiser la décroissance. Il me paraît clair également, entendre les récentes décisions du gouvernement français visant à relancer la croissance en favorisant les familles que nous n'en prenons pas du tout la direction.

Il est clair également que l'organisation de la décroissance ne sera pas simple ni sans douleur. Il est probable que la mutation ne se passera pas simplement et bouleversera plus d'un quotidien. Cependant, il est indispensable de passer par cette phase de transition.

Nous pouvons inventer pour les entreprises de nouvelles façons de créer de la richesse qui prendra en compte les problèmes d'environnement.

Pendant tout le 20éme siècle nous avons centralisé, regroupé, fusionné, créé des sociétés gigantesques et inhumaines, qui sont devenus des prédateurs pour l'être humain ne cherchant qu'à enrichir des actionnaires en licenciant du personnel

L'entreprise à perdu son âme. Elle ne recherche plus que ses propres profits au mépris de l'humain. La fin du 20éme siècle n'a été qu'une vaste course à la délocalisation, au mépris des vies humaines qu'on a exclues, précarisées, exploitées.

Au 21éme siècle, les entreprises devront apprendre à "relocaliser", à redevenir plus proches, plus humaines, à d'avantage prendre en compte le bien être de leurs employés autant que celui de leurs actionnaires. EIles devront également absolument respecter les ressources naturelles. Cela me paraît inévitable.

Une fabrication de proximité, réhabilitant le travail manuel, de qualité, fabriquant des produits durables, voilà des axes qui me paraissent intéressants à expérimenter.

 

Le concept de décroissance soutenable.

En lisant le bulletin d'Octobre 2003 de l'AFITE (Association Française des Ingénieurs et Techniciens en Environnement), je vois qu'un colloque s'est tenu les 26 et 27 Septembre 2003, organisé par l'Institut d'études économiques et sociales pour la décroissance soutenables.

Ce colloque s'intitulait "La décroissance soutenable Bioéconomie, écologie et simplicité volontaire : Hommage à Nicholas Georgescu-Roegen". Nicholas Georgescu-Roegen est un mathématicien et économistes américain, père de la théorie "bioéconomique". La décroissance soutenable vise à une modération de notre mode de vie, par une réflexion sur nos besoins de base et par l'arrêt d'une surconsommation destructrice et par une minimisation de nos impacts sur la planète. Ce colloque, qui réunissait 400 personnalités dont Serge LATOUCHE, professeur de Sciences économiques à l'Université de Paris XI, Pierre RAHBI, expert en sécurité alimentaire auprès de l'ONU, Jacques GRINEVALD, professeur à l'Institut d'études du développement de l'Université de Genève, qui a traité des sujets de réflexion sur la façon d'organiser une décroissance soutenable s'est conclu par un " Appel pour la décroissance". On peut encore trouver des informations sur la simplicité volontaire sur le site : http://www.simplicitévolontaire.org/

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