Dernière maj le 18/11/2004

Protocole de Kyoto : Ou en est-on 7 ans après


au moins 55 pays doivent le ratifier - parmi eux, ceux (c’est-à-dire pays de l’OCDE sauf Mexique et Corée, et pays dits en transition), doivent cumuler au moins 55 % des émissions de CO2 en 1990.

Avec la ratification de la russie enteriné par la signature successive du Conseil des ministres le 30 septembre 2004, la chambre basse du Parlement russe, la Douma, le 22 octobre, de la Chambre haute et enfin, du président Vladimir Poutine le 05 novembre, le protocole de Kyoto devient applicable :

Il peut donc entrer en vigueur avec tout ses mécanismes de souplesses, de permis à polluer, de mise en oeuvre conjointe, de développement propre .... Au moment ou la Commission Européenne publie la directive sur le "droit à polluer" ou plutôt d'échanger des droits d'émission de CO2 il est apparu intéressant de faire un point sur les dispositions prises ou l'état d'esprit dans les pays les plus générateurs de gaz à effet de serre.

Europe : Une directive sur le gaz carbonique adoptée. Le parlement européen a adopté le 20 avril 2004 une directive permettant au pays européens d'investir dans des pays tiers dans le but d'atteindre leurs objectifs de réduction d'émission de gaz carbonique ( CO2) dans le cadre du protocole de Kyoto sur la lutte contre le réchauffement climatique. Les Etats comptent sur la mise en place le premier janvier 2005 de la bourse européenne de CO2, en vertu de laquelle plusieurs milliers d'entreprise (aciéries, centrales électriques, raffineries, papeteries, verreries et cimenteries) pourront échanger des droits d'émettre du CO2.


Les industriels contre les engagements de Kyoto :
Cette directive n'a pas été adoptée sans difficultés, car les industriels européens des secteurs concernés par les limitations, estimant que la compétitivité économique ne doit pas être sacrifiée sur l'autel de la lutte contre le réchauffement planétaire, ont pesé très fort, dans la dernière période pour obtenir de leurs gouvernements respectifs une remise en question des engagements pris en 1997.

Les Etats traînent les pieds :
Du coup les Etats, dont la France traînent les pieds pour transmettre à la commission européenne leurs plans nationaux d'allocation de quotas d'émission de CO2 et seulement cinq pays les avaient transmis dans les délais. Et encore ils ont généreusement doté leurs industries en droits.
L'Allemagne dont l'industrie est la plus polluante de l'Europe de l'Ouest se contente de descendre ses émissions de 505 millions de tonnes par an aujourd'hui à 503 millions jusqu'en 2007, puis à 495 millions d'ici à 2012.
Le Royaume Uni, qui doit, en principe, réduire ses émissions de 12,5%, fait partie des pays à avoir retourné son plan national d'allocation de quotas dans les temps. Un système d'échange existe déjà à Londres depuis avril 2002.
L'Italie se prononce pour une refonte de la démarche européenne.
L'Espagne fait savoir que l'application des engagements de Kyoto serait une catastrophe pour son économie.

Le Commissaire à l'énergie et aux transports de la Commission Européenne souhaite, pour sa part, "réfléchir à un plan alternatif", dans l'hypothèse où les Etats-Unis, voire la Russie, camperaient sur leurs positions. En quelque sorte il s'agit de prévoir un chemin de repli.

Etats-Unis :
De ce coté rien de neuf, le gouvernement Bush jugeant le protocole "inefficace" et "handicapant pour l'économie américaine" n'est toujours pas disposé à le ratifier. Washington prône une réduction volontaire des émissions et refuse que les contraintes s'appliquent seulement aux pays industrialisés et pas aux pays en voie de développement comme la Chine, deuxième pollueur de la planète. Je rappelle pour mémoire que les USA sont, de très loin, les plus gros pollueurs de la planète!!

Russie :
La Russie, dernier entrée dans le club des signataires, va tirer beaucoup d'avantages du protocole. La récession énonomique qui a frappée la Russie dans les années 1990 va permettre à la Russie d'avoir, en 2010, selon les prévisions des émissions en baisse de 28% par rapport à celle de 1990. Comme dans les objectifs qui lui étaient assignés, elle ne devait pas dépasser en 2010 ses émissions de 1990, elle va disposer de 600 Millions de tonnes de CO2 d'excédents à mettre en vente sur les marchés d'émission.

Chine :
La Chine qui est déjà le deuxième pollueur de la planète connaît un développement économique considérable. Sa forte demande commence d'ailleurs à créer des tensions sur le marché mondial des matières premières, notamment sur celui de l'acier, elle n'est pas non plus totalement étrangère à l'augmentation actuelle des coûts du baril de pétrole.
Pourra-t-on admettre, encore longtemps, que cet immense pays reste à l'écart des contraintes du protocole de Kyoto?
Indépendamment de l'aspect concurrence déloyale, il est impératif pour l'avenir de la planète, que la Chine, tout comme l'Inde d'ailleurs, eu égard à leur importance sur les plans humain et économique, s'engagent, rapidement dans des processus de production moins polluants.

Canada :
Ce pays, après avoir longtemps attendu pour ratifier le protocole, fait désormais figure de bon élève de la classe et adopte une attitude volontariste contre les émissions de CO2. Une vaste campagne de sensibilisation et de mobilisation des Canadiens vient d'être lancée par le gouvernement avec comme objectif : une tonne de CO2 en moins par personne et par an. Sachant que le Canadien moyen consomme cinq tonnes de gaz à effet de serre par an le défi lancé représente une réduction de 20% de cette consommation.

Japon :
Le japon reste discret sur ses intentions ou du moins je n'ai pas eu connaissance des dispositions prises par le gouvernement japonais pour atteindre le taux de réduction de 6% fixé par le protocole.

Australie :
L'Australie, qui devrait en principe réduire ses émissions de CO2 de 8%, adopte une position identique à celle des Etats-Unis et n'envisage toujours pas de ratifier le protocole.

Comme nous pouvons le constater ce rapide tour d'horizon ne nous permet pas de verser dans l'optimisme. La mondialisation des échanges et les appétits des grands groupes multinationaux constituent les principaux freins à une modification rapide des comportements des grands pays industrialisés. Cette concurrence féroce qui touche tous les secteurs de l'économie incite la plupart des pays signataires à ne pas se précipiter pour respecter leurs engagements et envisager de nouveaux prolongements au protocole de kyoto. A ce rythme là, le réchauffement planétaire à encore de beaux jours devant lui.

Face à cette inertie, la piste la plus intéressante pour les pays développés pourrait être celle adoptée par le Canada qui consiste à sensibiliser et mobiliser les citoyens afin qu'ils revoient à la baisse leurs habitudes de consommations. En consommateurs avertis, ils peuvent, par un choix de produits mieux ciblés, contraindre le monde commercial et industriel à produire autrement et plus proprement (voir par ailleurs l'achat citoyen).

En attendant, les émissions mondiales ont progressé depuis Kyoto

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